N°2 – Cinéma et consommation

ÉDITORIAL

Les Paradoxes du Paratexte


Avides de voir le film, nous oublions parfois les processus économiques qui président sa venue sur le marché : la production, la distribution et l’exploitation d’abord, mais également le dispositif visuel, verbal et sonore mettant le film en relation avec le public et assurant sa consommation (interviews, articles de presse, émissions télévisées, produits dérivés, affiches, bandes-annonces, génériques, titres de film, etc.).

C’est à ces aspects du septième art que Hors-Champ a décidé de s’intéresser dans ce numéro, afin d’analyser la manière dont le cinéma est constitué comme objet de consommation par l’Institution cinématographique.

Ce que l’on serait tenté d’appeler le « paratexte » filmique, pour reprendre la terminologie de Gérard Génette concernant le livre, est d’une importance capitale parce qu’il fait exister le film. Parmi cet ensemble fort vaste allant de l’article de presse au titre de film, nous avons retenu trois expressions paratextuelles exemplaires : la bande-annonce, l’affiche et les produits dérivés. Ces trois formes particulières sont, parmi tant d’autres, les excroissances publicitaires du cinéma. Elles le précèdent, l’entourent et le prolongent, l’installant dans un vaste réseau commercial dont nous n’avons pas toujours conscience.

Au gré des articles consacrés à ce sujet, il devient évident que ce qui encadre le film est aussi important que le film lui-même. Ce dernier n’est qu’une petite partie du grand dispositif promotionnel qui l’enveloppe. Aujourd’hui, certaines formes du « paratexte » filmique s’affranchissent du produit qu’elles doivent promouvoir et deviennent des spectacles à part entière : il suffit pour s’en convaincre de voir le succès populaire remporté par une manifestation telle que la Nuit de la bande-annonce. D’une certaine manière le film devient donc lui-même publicité de ses expressions publicitaires. Cette circularité paradoxale entre le film et son « paratexte » nous semble être un des aspects les plus intéressants des analyses menées dans ces colonnes.

L’étude des processus de commercialisation d’un produit, ainsi que sa communication visuelle et verbale sont aussi les sujets de certains films de Harun Farocki. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes intéressés à son œuvre. Parmi les films du cinéaste consacrés à ce sujet (Der Auftritt, Ein Tag im Leben der Endverbraucher …) Stilleben/Nature morte a retenu notre attention. Ce film s’interroge sur le statut ontologique des objets en nous montrant le passage de l’objet concret à sa représentation. Par ce biais, ce réalisateur allemand ne fait que prolonger sa réflexion sur le statut des images dans notre société. En raison de la venue exceptionnelle de Harun Farocki  (1999) à Lausanne et à Genève, nous lui consacrons également un petit dossier de présentation.

Comment continuer son travail de réalisateur lorsqu’on refuse d’entrer dans le système publicitaire du cinéma commercial ? C’est la question que nous avons posée au réalisateur belge Boris Lehman. Luttant depuis toujours contre les modes de représentation et de narration stéréotypés, il refuse de se plier aux critères de rentabilité qui caractérisent le cinéma commercial. A l’écart de tout système, il fait lui-même la promotion de ses films. Cette démarche originale lui permet de conserver une grande liberté créatrice, mais elle implique aussi un inconfort matériel et une difficulté supplémentaire dans la diffusion du produit.

Les nouvelles technologies dans la communication génèrent un espace d’échange et de mixité entre médias. Si le recours à une mixité médiatique était considéré comme exclusif du cinéma d’élite, désormais le cinéma de divertissement se fait aussi usager de cette intermédialité. Le dernier article de ce numéro, Le Cinéma de consommation dans la nouvelle sphère intermédiatique, propose une réflexion sur un tel phénomène dans un cinéma qui fait feu de tout bois pour satisfaire nos attentes de consommateur.


La rédaction


Sommaire

2 Éditorial

4 Le Film comme objet de consommation culturel

Analyse – Mireille Berton

 

15 DOSSIER – HARUN FAROCKI

Repères biofilmographiques

Biofilmo – Marie-Aline Hornung

21 Farockiana

Compte-rendu de deux ouvrages sur Farocki :Vom Guellirakino zum Essayfilm : Harun Farocki ; Der Ärger mit deb Bildern. Die filme von Harun Farocki

CritiqueThomas Tode

24 La nature morte publicitaire ou la vérité dans l’apparence

Analyse – Yasmeen Basic

26 Harun Farocki se met à table Lire l’article

Interview – Elena Hill et Marie-Aline Hornung

 

CINÉASTES: BORIS LEHMAN

29 Repères biofilmographiques

Biofilmo – Elena Hill

31 Boris Lehman par Boris Lehman

Point de vue

35 Rencontre avec le réalisateur

Interview Elena Hill

 

38 Le film commence par l’affiche

Analyse – Elena Hill

44 La nostalgie du “prochainement”

La rhétorique de la bande-annonce

Analyse – Vinzenz Hediger

49 Thomas Kufus: le Zorro de Zero Film

Interview – Antoine Cattin

54 Comment le roi s’est enlevé une épine du pied

Enquête – Carmen Crisan

58 Le cinéma dans la nouvelle sphère intermédiatique

Analyse – Samuel Goldenmann

 

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